Travail de mémoire
D'animatrice d'ateliers d'expression et
créativité
Fin de 2 ème année
Créavie 4-2
Créativité et estime de
soi en milieu scolaire
Résumé :
L'école propose à l'élève des cours de
dessin, de bricolage et de couture. Ces leçons s'intitulent « Activités
Créatrices manuelles et textiles ».
Sont-elles réellement créatives ?
Permettent-elles à l'enfant de créer librement ? Dans quelles
conditions ? Laissent-elles la place au plaisir ? Pour moi le plaisir occupe une grande place
dans la créativité et est pourtant souvent confondue avec égoïsme.
Et l'estime de soi dans tout cela ?
L'école est-elle à même de renforcer l'estime de soi de ses élèves par les
branches de créativité ?
C'est à ces questions que je vais
essayer de répondre, dans ce travail qui me tient à cœur, puisque je travaille moi-même
en milieu scolaire.
Mireille Pauchard
Mai 2007
Créativité et estime de soi en milieu
scolaire
Table des Matières :
Résumé ……………………………………………………………………………………………… p 1
Introduction……………………………………………………………………………………….. p 3
1.
Qu'est-ce que la
créativité ?....................................................................... p
5
2.
A propos du plaisir ………………………………………………………………………. p 6
3.
Pourquoi stimuler la créativité ? …………………………………………………… p 7
4.
Les objectifs de la créativité …………………………………………………………. p 8
5.
Parents et école, où en est-on avec la créativité ?
…………………………. p 9
6.
Qu'est-ce que l'estime de soi ? ……………………………………………………… p 10
7.
L'estime de soi à l'école …………………………………………………………………. p 11
8.
Liens entre créativité, plaisir et estime de soi …………………………………. p 12
9.
Moments de paroles ……………………………………………………………………….. p 13
10. Contraintes du cadre scolaire ……………………………………………………….. p
15
11. Solutions ……………………………………………………………………………………... p 15
12. Conclusion ………………………………………………………………………………….. p 18
Mémoire
Mireille Pauchard
Animatrice
en atelier d'expression et créativité
Créavie 4-2
Créativité et estime de soi en milieu scolaire
Introduction :
Créativité et estime de soi, voilà des
expressions que nous entendons tous les jours ou presque. Ce sont des termes
très à la mode.
Malheureusement, leur acceptation est de
plus en plus déformée et connotée avec performance, que ce soit dans le monde
du travail ou même déjà à l'école.
La créativité joue-t-elle un rôle sur
notre estime de soi ? Et si oui, est-elle bénéfique, ou au contraire
déstructurant, voire destructeur ? Comment peut-on aider nos enfants à
devenir des créateurs bien dans leur peau dans notre système scolaire
actuel ? C'est la question que je me pose.
Je
vais donc observer le rôle de la créativité chez l'enfant en milieu scolaire
afin de me rendre compte de son impact sur l'estime de soi des élèves.
Ce travail me tient très à cœur puisque
je suis maîtresse d'école enfantine depuis plus de 20 ans et que je travaille cette année dans deux classes
primaires en tant qu'aide aux leçons de bricolage.
Maman de trois enfants en âge de
scolarité, ces questions sont également importantes pour moi.
Institutrice et maman, quel regard
puis-je porter sur la créativité et l'estime de soi en milieu scolaire ?
1.Qu'est-ce que la créativité ?
Nous pourrions nous poser la
question : La créativité est-elle un don ?
Non, car le pouvoir créatif est présent
chez tous les individus. Nous
l'observons chez tous les petits enfants dans leurs jeux. Stimuler cette
créativité, c'est réveiller la spontanéité. Winnicot est clair sur ce point : le jeu est
création. Pour lui, la créativité est à l'origine d'une « pulsion
créatrice. »
Selon Roger Von Oech, consultant en
créativité, le vrai créatif est successivement 4 personnages :
L'explorateur : curieux de tout, se
posant plein de questions.
L'artiste : capable de voir
autrement et d'avoir des idées nouvelles et inattendues.
Le juge : qui sait le moment venu
évoluer et trancher parmi toutes ses idées.
Le conquérant : plein de force et
de volonté pour concrétiser et vendre ses idées.
En le lisant, on se retrouve
immédiatement plongé dans le monde du travail. Puisqu'il conclut en « vendant » ses
idées !
D'autre part, l'enfant est-il capable, inconsciemment,
de revêtir successivement l'habit de l'explorateur, de l'artiste, du juge et du
conquérant ?
Et qu'est-ce que la créativité au
juste ?
Selon le dictionnaire Larousse, c'est la
« Capacité d'imaginer des solutions originales et meilleures dans
n'importe quel domaine. »
Son collègue le petit Robert parle d'un
«Pouvoir de création, d'invention. La créativité d'une entreprise ».
Pour ces deux dictionnaires, la
créativité serait donc une production de solutions à un problème. Cette
définition me laisse néanmoins sur ma faim.
En effet, quand j'observe un enfant concentré sur son
jeu, je le vois chercher toutes sortes de solutions à un problème, certes, mais
je constate aussi, et de manière frappante, combien il prend plaisir à ses
diverses tentatives, aussi sérieux que soit le jeu. Cette notion de
satisfaction éprouvée dans l'acte créatif est passée sous silence. Il en va de
même dans les dizaines d'ouvrages consultés pour la rédaction de ce mémoire.
Pourquoi ?
Le plaisir n'est-il pas le moteur
principal du jeu chez l'enfant ? Ne l'incite-t-il pas justement à
construire son estime de soi bien plus qu'à trouver une solution à un problème
déjà résolu par l'adulte ?
Sans prétention, je proposerais la
définition suivante de la créativité chez l'enfant : capacité d'imaginer
des solutions en éprouvant un sentiment
de plaisir et d'épanouissement.
2. A propos du plaisir
« Le plaisir est le contraire de la douleur. Il correspond à un
état émotionnel agréable né spontanément d'une situation donnée, de la
satisfaction d'un désir ou de la perspective de cette satisfaction. Physique,
psychique ou intellectuel, il concerne tous les âges et est, comme le désir,
indispensable à l'équilibre d'un être humain. Son refus, conscient ou
inconscient, révèle un trouble psychique. » LeDico,Psychologies.com. http://www.psychologies.com/dictionnaire-psy.cfm/definition/79/Plaisir.html
Notons en passant qu'on nous parle ici
de troubles psychiques en cas de refus du plaisir alors qu'il y a quelques
décennies seulement, notre société occidentale imprégnée de principes
judéo-chétiens, qualifiait le plaisir d'égocentrisme ou d'égoïsme ! La
réflexion conduite depuis lors par les sciences humaines, en particulier en
psychologie, le brassage des populations qui produit une société de plus en
plus composite ( et des classes d'école hétérogènes) donnent aujourd'hui au
plaisir un statut positif.
Je ne connais pas assez les autres
philosophies pour savoir s'il en est qui promeuvent un bonheur simple et
immédiat, qui encouragent à se faire plaisir. En l'état, je partage l'avis de
Jacques Salomé, psychologue, formateur, écrivain et poète, qui affirme que
c'est souvent à tort que la notion de plaisir est associée au narcissisme. Mais
ne tombons pas non plus dans l'angélisme !
« La recherche du plaisir est l'une des motivations principales des
êtres humains. Chacun a l'expérience de ses satisfactions dans l'instant
présent qui paraissent favoriser toute l'existence. Cependant le plaisir
implique une vigilance car il n'est pas un critère de sécurité pour le
lendemain. L'erreur et l'excès nous guettent. Le plaisir est ainsi souvent
accompagné d'un sentiment de risque, de frustration, voire de
culpabilité. » http://daniel.calin.free.fr.publications/créativité.html
Ce plaisir est déjà souvent perçu chez
l'enfant un peu plus âgé comme un acte égoïste et égocentrique. L'adulte
aurait-il oublié ses propres petits plaisirs simples du jeu et de la créativité
de l'enfant qu'il était ? Croit-il que parce que l'enfant joue et se fait
plaisir en laissant sa créativité envahir ses journées, il est égoïste et
égocentrique ?
« En fait, les individus créatifs ne sont ni partiaux, ni spécialisés, ni
égoïstes. C'est même le contraire. Ils aiment établir des relations avec
d'autres champs du savoir ; ils sont généralement plutôt attentifs et
sensibles. Et ce sont les nécessités de leur fonction qui les poussent vers la
spécialisation et l'égoïsme. De tous les paradoxes de la créativité -et ils sont
nombreux-, c'est le plus difficile à éviter. »
Mihali Csikszentmihalyi, La créativité,
psychologie de la découverte et de
l'
invention, Robert Laffont 2006 p 16
L'erreur et l'excès sont les dérives du
plaisir chez les adultes alors que chez les enfants, ce sont les sentiments
égoïstes qui se substitueraient progressivement à l'égocentrisme normal à leur
âge.
Toutefois, le plaisir n'en demeure pas
moins la racine de l'estime de soi et le fonde.
3. Pourquoi stimuler la créativité ?
Parce que les actes créateurs sont
drôles et passionnants !
Parce que cette capacité donne à tous
âges un sentiment de délectation mentale, d'épanouissement personnel et de
pouvoir sur sa propre vie.
Pour être prêt à affronter des
situations nouvelles et parce que le monde change. La connaissance des solutions d'hier ne
suffit plus, il faut pouvoir inventer.
Plus j'ose, plus je deviens créatif, et
ainsi je renforce ma confiance en moi.
« La créativité d'un point
de vue artistique permet de :
-penser différemment
-lâcher-prise
-oser le changement
Elle permet d'utiliser :
-la gestuelle
-la musique
-le conte
-la poésie
-les couleurs
-les masques
-les divers accessoires
- elle permet ainsi de devenir acteur dans le développement de sa
confiance. »
Communication et développement personnel
http://www.isen.fr/fc/?id=17 p3
4. Les objectifs de la créativité :
« Pour cela, un des
objectifs principaux devrait être que le résultat des travaux soient gratifiant
pour chaque élève, qu'il soit heureux de découvrir son potentiel créatif et
qu'il révèle des aptitudes insoupçonnées de lui. » Les arts plastiques à l'école
Serge Paolorsi-Alain Saye Retz 2005 p5
Le but des arts plastiques est de
développer le goût pour l'expérimentation, de former le sens de la curiosité,
de donner place à leur sensibilité, de former le regard, un sens de
l'esthétisme, de découvrir les œuvres de genres différents, de pouvoir
tester diverses matières, et de gagner
en autonomie.
Chaque enfant pourra ainsi
développer son désir et sa capacité de
créer. C'est alors que le rôle de l'instituteur devient primordial. Si son
attente est trop importante, l'enfant ne pourra pas vraiment s'exprimer
librement. Il pourrait au contraire se sentir complètement dépassé.
L'adulte doit relever l'importance du
« jeu » de la créativité, du travail que cela implique également, et
du plaisir que l'on ressentira.
5. Parents et école, où en est-on avec la créativité ?
Une dérive dénoncée.
Aujourd'hui, la tendance massive
est à l'étiquetage. Ceci est gênant au point de vue de la créativité dans la
mesure où on accuse souvent notre propension (individuelle ou collective,
institutionnelle) au jugement hâtif et stéréotypé, d'interrompre la réflexion
créative et d'empêcher la production d'hypothèses ou de stratégies nombreuses
et innovantes. Cela engendre par exemple une focalisation de l'élève sur
l'évaluation comparée de ses aptitudes, et tend à engendrer des réactions
affectives inhibantes et durables au moindre échec, à malmener l'estime de soi,
castre la joie de découvrir et de maîtriser des apprentissages.
Bruner J. 1973, Condition de la
créativité in Beaudot. Ed La créativité, recherches américaines, 1973, p 217
L'enfant, dès son jeune âge, a déjà la
faculté d'être créatif.
Une proposition bienvenue :
« Exempt de tabous, d'inhibition et de jugements internes, il aime
s'exprimer par toutes sortes de moyens(…)
Il a cette capacité
extraordinaire de puiser dans son imaginaire pour intégrer ce qui l'entoure.(…)
Il faut donc offrir un espace de créativité à l'enfant, quel que soit son âge
et sa condition, afin qu'il dépasse ses limites et réalise son potentiel. Par nature, l'enfant
est créatif. » Musique, musicothérapie
et développement de l'enfant, Guillaine Vaillancout, ed. De l'hôpital
St-Justine, 1998, p.31
Ces citations montrent que les parents
et les enseignants devraient accorder à l'enfant de vastes champs
d'expressions, dans les domaines les plus divers : verbal bien sûr mais
encore moteur, sensoriel et affectif. Ainsi, il pourra donner libre cours à son
sens inné de la création, stimulé par la liberté accordée, l'absence de
rigidité, l'accès à des moyens d'expressions variés, stimulé encore par
l'absence de jugement dévalorisants et l'acceptation des résultats, même
maladroits. En cela je rejoins Winnicot, qui a longuement étudié le comportement de
l'enfant et les interactions avec les parents, qui nous apprend ceci :
Il ne faut pas être
trop près : l'enfant peut sentir de l'intrusion et alors manquer de
confiance en lui. Il aura l'impression qu'il ne saura rien faire.
Il ne faut pas être trop loin : Le
risque est que l'enfant n'existe plus dans le regard de se parents et qu'il se
sente peu »contenu ».
Attention donc à ne pas trop retenir son
enfant dans la phase exploratrice au risque d'en faire un enfant inhibé.
Selon Verena Jendoubi, dans son travail
sur l'évaluation de la rénovation de l'enseignement primaire du canton de
Genève, l'école devient en quelque sorte un espace transitionnel qui ouvre sur
de nouvelles expériences. L'enseignant prend le relais de la mère pour aider
l'enfant à aborder des situations nouvelles.
6. Qu'est-ce que
l'estime de soi ?
Je n'ai pas trouvé de définition à
proprement parler mais dans la littérature consultée, l'estime de soi est
synonyme de confiance en soi. J'ajouterai : s'accepter tel qu'on est,
s'aimer et pouvoir aimer les autres, se sentir bien dans sa peau, en accord
avec soi-même ; connaître ses points forts et ses qualités, ses faiblesses
aussi ; savoir qu'on est capable de maîtriser ses pulsions, d'assumer ses
responsabilités : en un mot, se considérer, s'apprécier à sa juste valeur,
en toute honnêteté !
Selon Rosette Poletti, notre estime de
nous-mêmes nous amène à parcourir un cycle positif ou négatif qui peut être représenté
selon le schéma suivant :
Plus une personne s'estime elle-même, plus elle peut utiliser sa
créativité dans son travail, plus elle instaure des relations interpersonnelles
positives, plus elle traite les autres avec respect, et moins elle se sent
menacée par eux. » L'estime de soi, un bien essentiel., Rosette Poletti, Barbara Dobbs, éd.
Jouvence, p15
Dans la perspective de la construction
d'une bonne estime de soi, on comprend l'importance de la relation enfant-éducateur.
L'enfant doit trouver dans l'adulte un soutien, un accompagnant, un regard
bienveillant lui permettant de se tromper, l'encourageant à recommencer, à
essayer encore et encore sans lui imposer la rigidité d'un cadre strict qui
limiterait par trop les tentatives d'expériences nouvelles.
L'estime de soi,
« Ca sert à augmenter la pensée d'être heureux. L'estime de soi va
renforcer la confiance en soi, le sentiment d'être à la hauteur et d'être
fiable, elle va permettre de prendre des initiatives et d'oser : oser
changer de travail, faire des changements dans sa vie, créer, réaliser ses rêves. L'estime de soi
permet la réussite, c'est -à- dire de
mettre en œuvre les actions. Avoir une bonne estime de soi va nous booster dans
nos petits pas et dans notre réussite. L'estime de soi nous entraîne dans
l'action avec efficacité. » Le journal des femmes :
http://www.linternaute.com/femmes/psychologie/0502estimedesoi/interview.shtml p1
7. L'estime de soi à l'école
Il est très surprenant de voir à l'école
le nombre d'enfants qui n'osent pas commencer une activité. On entend très
régulièrement : « Je ne sais pas » avant même d'avoir
commencé ou essayé cette dernière. Nombre d'élèves se sentent incapables d'oser
sans être sûr de faire plaisir à l'adulte, ici l'enseignant. Les élèves
n'auraient donc pas ou si peu d'estime d'eux-mêmes qu'ils se sentiraient
incapables de fournir le travail demandé. ? Mais pourquoi ?
Uniquement par peur de ne pas
savoir ?
Par peur de ne pas faire plaisir à
l'adulte, par peur de se faire plaisir ou alors de ne pas se faire
plaisir ? Comment pourrait-on donc donner aux enfants le plaisir
d'essayer ? De faire uniquement pour eux ? De tenter l'aventure ?
Les notes et toutes autres évaluations
seraient- elles en cause? Les religions ? Le besoin de faire pour les
autres plutôt que pour soi ? Est-il de même dans chaque classe ou cela
change-t-il selon le professeur ? L'éducation de l'enfant a-t-elle un rôle
à jouer ?
Comment pourrait-on lui donner du plaisir à créer dans une
atmosphère détendue et propice à renforcer l'estime de soi de chacun ?
C'est la vraie question que chaque professeur devrait se poser.
Les enfants ne naissent pas avec une image d'eux-mêmes, ils apprennent à
se voir d'abord et avant tout à travers les yeux des personnes importantes pour
eux : leurs parents, leurs frères et soeurs, leurs enseignants et
enseignantes et enfin, leurs amis. L'estime de
soi http://
panda.cyberquebec.com/estime.html
Dans cette perspective, le regard qu'a
le parent sur son enfant est primordial, mais l'école a aussi un impact direct
sur le processus de confiance en soi et d'estime de soi de l'élève. Elle lui
permet de devenir conscient de ses qualités et de ses habiletés. L'adulte doit
l'aider à se dépasser, à s'imposer des défis et à se fixer des objectifs
réalistes. Les échecs se doivent constructifs et déclencher l'envie de
recommencer en vue de s'améliorer.
Les activités artistiques permettent à
l'enfant d'oser, de faire à son idée, d'essayer et de tenter à nouveau..
L'enfant peut être libre dans ses idées et ses mouvements, il devrait être
placé dans un environnement le stimulant à se lancer des défis.
Même si les demandes au niveau de
l'agilité, de la motricité fine, du soin
et d'autres objectifs scolaires sont attendues, il est plus facile que dans
certaines branches scolaires, telles que les mathématiques, de laisser libre
cours à son imagination, à sa créativité.
De plus cultiver son originalité, c'est
se rendre compte que son histoire est unique. Et se rendre compte que l'On est
unique est bon pour son estime de soi.
8. liens
entre créativité, plaisir et estime de soi
Si la créativité demande des efforts et
du travail, elle ne peut exister sans plaisir et sans motivation. Personne
n'est créatif par devoir.
« Se faire plaisir est le début d'une attitude positive face à
soi-même. Lorsque nous nous faisons plaisir, nous avons une attitude positive
envers nous-même, nous reconnaissons notre valeur. » Semaine nationale de la santé
mentale du 3 au 9 mai 1999, le coffre à outil
du bonheur. P2
L'élève peut-il se faire plaisir lors d'une activité créatrice
trop cadrée ? Même si l' explication des limites est importante dans l'éducation de l'enfant, une
activité créatrice trop dirigée, ne laissant aucune chance à l'invention , peut
se révéler néfaste à l'acquisition d'une
bonne estime de soi. L'imagination est-elle donc la clé d'une bonne estime de
soi ? Certains enfants se trouvent perdus devant une trop grande liberté.
C'est peut-être parce qu'ils n'en n'ont tout simplement pas l'habitude. L'école
joue donc un rôle primordial dans l'acquisition de possibilités d'expression
créatrice.
Malheureusement les attentes esthétiques trop
élevées de la part des parents, des
maîtres, des autorités et des enfants eux-mêmes peuvent nuire à cette
possibilité de création. Certains enfants ont besoin qu'on leur explique
exactement ce que l'on attend d'eux ! Comment alors ne pas avoir peur de
l'échec ? Chaque enfant est différent et il est difficile à l'enseignant
de trouver la juste limite entre un
besoin trop important de cadre, donc castrateur, et une trop grande liberté nuisible à la
sécurité dont on besoin certains autres.
Les enseignants devraient se sentir
assez bien avec eux-mêmes et avec la créativité pour pouvoir laisser un choix
de fonctionnement à chaque enfant. Des activités différentes pourraient
également être proposées tout au cours de l'année scolaire : certaines
très dirigées et d'autres invitant à l'imagination, amenant à des créations individuelles
bien différentes les unes des autres.
La créativité peut être aussi dessécurisante.
Elle peut ne pas être reconnue, ni valorisée par apport à d'autres branches
scolaires ! L'enfant peut avoir peur de décevoir en étant lui-même. Une
relation de confiance entre l'adulte et l'enfant, une atmosphère positive et
ouverte en classe pourrait permettre un meilleur processus créatif personnel.
9. Moments de paroles :
Je pense que les moments de paroles
après les leçons d'activités créatrices devraient exister. Avec un horaire bien
chargé, il n'y a pas de temps à disposition. Bien souvent les leçons se
terminent dans le stress afin que tout soit
prêt pour la leçon suivante. Il n'y a pas de conclusion ni de transition.
Chaque élève repart avec ses questions, ses émotions en vrac. A quoi a pu bien
servir cette leçon d'expression si l'enfant n'a pas pu s'exprimer ?
L'enfant reste avec une certaine frustration sur ce qu'il vient d'exécuter ;
bien souvent on nous demande par la suite, presque en cachette : « Il
est beau mon bricolage ? » « Tu as vu mon dessin ? »
Et comme il faut une note pour les activités créatrices manuelles à l'école,
l'enfant doit bien souvent se poser la question : « Mais pourquoi
j'ai cette note alors que l'on m'a dit que c'était beau ? »
« L'adulte a-t-il menti ? » « Pourquoi mon voisin a-t-il
une meilleure note que moi alors que moi je préfère mon dessin ? »
Car les enfants sont d'abord souvent fiers de leurs travaux. C'est ce qu'en font
les autres enfants, les professeurs ou les parents qui jettent un froid sur
leur estime de soi. Imaginez un enfant qui rentre à la maison avec une œuvre
qu'il trouve belle. Peut-être est-elle mise en évidence dans la cuisine, mais
elle peut tout aussi bien disparaître immédiatement dans la poubelle !
L'appréciation de l'entourage quel qu'il soit les conforte dans leur propre
jugement, renforce leur confiance et leur estime d'eux-mêmes. Dans le cas
contraire, le doute s'insinue.
Ces moments de paroles permettraient aux
élèves, s'ils le désirent, de présenter leurs œuvres, de poser des questions,
de faire des remarques sur leurs possibles difficultés techniques ou autres,
d'apprendre à s'auto-évaluer, ou simplement d'exprimer le plaisir d'avoir peint
ou dessiné.
Partager, s'exprimer, montrer, regarder,
autant de possibilités d'expression oubliées lors des leçons de
créativité !
10. Contraintes du cadre scolaire
:
-Une
leçon de dessin par semaine
-Une leçon d'activités créatrices
manuelles par semaine
-Une leçon d'activités créatrices sur
textiles par semaine (pour les plus grands)
-Une salle de classe plus ou moins
exiguë pour un effectif souvent chargé : souvent 20 élèves et plus
-Eventuellement une salle de bricolage pas
toujours adaptée, située parfois dans un autre bâtiment que la classe.
-Il n'existe souvent qu'un seul petit
lavabo par classe (parfois avec seulement de l'eau froide)
-Pour le matériel, des fournitures le
moins onéreuses possibles et de la récupération.
Comment, dès lors, demander à un
instituteur peut-être même pas très créatif,
de trouver des activités stimulantes pour l'élève ? Lui en
donne-t-on seulement l'envie ?
11. Les solutions :
Malgré les conditions énoncées, des
solutions sont certainement
possibles :
-Il serait tout d'abord très important que l'instituteur explique aux
parents ses objectifs en leçons artistiques. Une réunion de parents d'élèves
est souvent agendée en début d'année scolaire. On y parle des mathématiques, du
français, mais il est rare que l'on y aborde le travail fourni en activités
créatrices !
-L'enseignant pourrait présenter
ces dernières comme une branche aussi importante
que les autres. Il pourrait demander aux
parents de respecter la créativité de leur enfant, et de les encourager dans ce
domaine.
- Lors de ces rencontres, la nécessité
d'une bonne collaboration parents-enseignant devrait être soulignée comme étant
la base d'un bon épanouissement de la créativité et de l'estime de soi des
enfants.
-Certains parents ont aussi parfois des
talents cachés. Pourquoi ne pas leur demander de les partager avec la
classe ? Imaginez la joie et la fierté de leur progéniture ! N'est-ce
pas aussi un cadeau que l'on ferait à leur estime de soi ?
-Les enfants de pays différents devraient
pouvoir présenter les arts pratiqués dans
leur pays : pictural, culinaire ou musical.
Pensez à l'estime de soi de cet enfant
étranger, peut-être déraciné, qui pourrait montrer aux autres les richesses de
son pays.
-Pourquoi ne pas inviter papas et mamans à se porter volontaires pour
donner un coup de main afin de pouvoir séparer la classe en deux. Ainsi il
serait plus facile d'être disponible pour chaque enfant.
-Travailler en ateliers permet plus de
liberté. Même s'ils demandent une bonne organisation, ils permettent aux
enfants qui travailleront seuls d'être plus inventifs car ils devront se
débrouiller sans l'aide et le regard de l'adulte.
-Il est important pour les enseignants
de pouvoir s'inscrirent à des cours où différentes techniques seraient
enseignées. L' échange d'idées d'activités est bien sûr un réel apport pédagogique, mais les bonnes
idées sont malheureusement trop souvent jalousement gardées au fonds des
tiroirs.
-Les visites dans les musées et toutes
autres expositions, spectacles théâtraux, concerts, sont également un bon début
à un intérêt pour les arts.
-Pour stimuler l'imagination de
l'enfant, de grands artistes comme Klee, Dali, Miro, Picasso, Tinguely, Niki de
Saint-Phalle et bien d'autres encore, peuvent
être découverts et travaillés en classe. Il est important de voir ce qui
a déjà été fait.
-Certaines visites chez les
professionnels, comme chez le potier, le luthier, le peintre, le sculpteur,
peuvent être fort intéressantes, les
artistes étant des gens passionnés !
-Le professeur peut faire écouter des musiques autres que celles entendues tous les
jours à la radio pour habituer l'oreille
à des sensibilités, des goûts, des genres différents comme des mélodies
classiques, des rythmes de jazz, des chansons folkloriques, etc.
-Pourquoi ne pas laisser simplement de
temps en temps du matériel divers à disposition des enfants pour qu'ils
puissent inventer un bricolage ? Ce genre de leçon est rarement présenté
dans nos classes.
-Bien sûr, il ne faut pas oublier de
travailler des objectifs comme de développer des habiletés et des attitudes, car
la dextérité, la façon de tenir un
ciseau, un cutter ou un pinceau, d'utiliser de la colle, de coudre, en un mot
de faire ses gammes est très important.
Posséder de bonnes et solides
bases est rassurant et utile pour la vie actuelle et future de l'enfant.
Mais n'oublions pas que c'est en forgeant que
l'on devient forgeron. On se fait plus plaisir lorsque l'on travaille et que
l'on crée avec une certaine facilité technique. Et il est plus facile
d'apprendre lorsque l'on se fait plaisir !
Selon Lise Florin, Formatrice en
psychopédagogie de la créativité et artiste peintre, il ne faut pas confondre
créativité et habileté manuelle. Je pense que justement l'enfant a besoin de
ces habiletés pour pouvoir être créatif, et que c'est également le rôle de
l'école de les travailler.
Dans les classes d'enfants handicapés,
il est important de travailler la motricité, fine ou globale, pour que la
créativité puisse s'épanouir. L'une sans l'autre serait même peut-être nuisible
au développement de la personne.
-Pour terminer, il ne faudrait pas
oublier ces moments de paroles, propices aux échanges. Ces instants si
importants pour pouvoir s'exprimer et partager.
14. Conclusion
Selon Philippe Brasseur (Casterman,
Soyons créatifs) la créativité est la capacité de penser hors de tout
conformisme, d'inventer ce qui n'existe pas encore, de créer quelque chose de
vraiment personnel.
L'enfant qui joue y excelle. La
créativité n'est pas simplement un accessoire bien utile en entreprise.
Elle contribue à transformer notre vie
et notre interprétation des événements. Elle
nous ouvre les voies vers de nouveaux horizons.
Ainsi ce n'est pas le talent qui manque
aux gens, adultes ou enfants, c'est le savoir être et le savoir faire pour
réaliser à terme leurs objectifs.
Tout enfant est naturellement créatif,
il n'a pas besoin d'un adulte qui lui apprenne la créativité, mais qu'il
la reconnaisse comme une activité nécessaire, riche où
chacun peut apprendre de l'autre. Il se doit de l'appuyer, de le soutenir et de
l'encourager dans sa démarche.
Pour avoir confiance en son destin et
développer son estime de soi, il faut se débarrasser des aspects négatifs de
notre éducation et passer à l'action.. Risquer permet de dépasser ses peurs, de
développer sa créativité, de réaliser ses rêves et de réussir sa mission de
vie.
Ainsi la créativité est la capacité de
s'appuyer sur ce qu'on connaît déjà pour inventer ce qui n'existe pas encore.
C'est dire à l'enfant : « Il
n'y a jamais eu, il n'y aura jamais plus une personne comme toi sur la terre.
Vas-y, ose être toi-même, invente ta vie à chaque instant, imagine tes
possibilités et réalise-les ! »
A ce point de vue, le rôle des parents
est ainsi primordial, puisque premier à promouvoir cet esprit créatif. L'école
prend en suite le relais. Elle se doit d'offrir les opportunités de travailler, de développer son esprit
créatif et d'augmenter son estime de soi, les deux étant infiniment liés.
Si la créativité de l'enfant est
méprisée, l'enfant se trouvera dans un manque de confiance en lui. Il perdra
ainsi toute estime de soi. Il deviendra peut-être même un futur dépressif. La
créativité se doit source de plaisir.
« Le plaisir est une source de bien-être physique, émotif
et spirituel, C'est une émotion positive, une sensation d'être vivant, d'être
bien dans son corps, bien dans sa peau, bien dans son être profond….
Se faire plaisir est le début d'une attitude positive face à soi-même
nous reconnaissons notre valeur. » *
Semaine nationale de la santé mentale,
du 3 au 9 mai 1999, Le coffre à outils, p2.
J'espère avoir démontré que la
créativité a donc une incidence directe
sur l'estime de soi. et que l'école a un rôle éminent à jouer dans la construction de l'enfant.
Elle doit lui apprendre à oser être lui-même. Pour cela, elle doit proposer des activités diverses et
stimulantes. Par une attitude bienveillante, l'instituteur saura ; créer
un environnement sécuritaire et d'acceptation ; il saura reconnaître les
qualités et les points forts de chaque enfant ; saura transmette la
confiance ; saura susciter des occasions pour la diffusion d'idées
nouvelles ; saura surveiller les
progrès réalisés et réduire ainsi la peur de l'échec.
Car le secret de l'estime de soi, c'est d'apprendre à s'accepter et à
éprouver un sentiment de compétence.
Bibliographie :
Mihaly Csikszentmihalyi, La créativité, Psychologie de
la découverte et de l'invention, éd. Robert Laffont, 2006
Serge Paolorsi-Alain Saey, Les arts plastiques à
l'école, éd. Retz, 2005
Bruner J. Condition de la créativité in Beaudot , éd
La créativité, recherches américaines, 1973.
Guillaine Vaillancout, Musique, musicothérapie et
développement de l'enfant, éd. De l'Hôpital St-Justine, 1998.
Winnicot, Donald Woods, Jeu et réalité : l'espace potentiel, éd.
Gallimard 1975
Verena Jendoubi, Estime de soi en milieu scolaire,
Evaluation de la rénovation de l'enseignement primaire du canton de Genève,
document de travail, 2002
Rosette Poletti, Barbara Dobbs, L'estime de soi, un
bien essentiel, éd. Jouvence, 2005
Philippe Brasseur, Soyons créatifs, éd. Casterman
Jeunesse , 2003
Roger Von Oech, Ne restez pas assis sur le meilleur de
vous-mêmes, InterEditions,
Sites internet :
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http://daniel.calin.free.fr.publications/créativité.html
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Le Journal des femmes, http://www.linternaute.com/femmes/psychologie/0502estimedesoi/interwiw.shtml
L'estime de soi http://www.panda.cyberquebec.com/estime
.html
Semaine nationale de la santé mentale du 3 au 9 mai
1999, le coffre à outil du bonheur
www.acsm-ca.qc.ca/coffres-a-outils/1999/estime-de-soi.pdf
Roger Von
Oech
www.reseau-idee.be/symbioses/sy57pdf/dossier/mat_ref_tomate.pdf
Ouvrages consultés :
Christophe André, Imparfaits, libres et heureux,
Pratique de l'estime de soi, éd. Odile Jacob, 2006
Catherine Bensaid, Aime-toi, la vie t'aidera, éd.
Poket évolution, 2004
Christophe André, François Lelord, L'estime de soi,
s'aimer pour mieux vivre avec les autres, éd. Odile Jacob, 2002
Jennifer Day, Développer l'imagination créatrice des
enfants, Poche Vivez soleil, éd, 2002
L'enfant, le jeu, le théâtre,, autours des pratiques
dramatiques à l'école élémentaire,Cahier n :2 Théâtre et éducation, éd.
Actes sur papier,1990
Dr. Thomas Gordon, Parents efficaces, éd. Marabout,
1995
Dr. Ross Campbell, Comment vraiment aimer votre
enfant, éd. Orion, 1979
Dr. Thomas Gordon, Eduquer sans punir, éd. De l'Homme,
2003
Thomas d' Ansembourg, Cessez d'être gentil, soyez
vrai ! Etre avec les autres en restant soi-même, éd. De L'Homme, 2004
Dictionnaire Larousse illustré, 1982
Dictionnaire Le Petit Robert illustré d'aujourd'hui en
couleur, 2002